Politique cookies

En poursuivant votre navigation sur notre site internet, vous acceptez que des cookies soient placés sur votre terminal. Ces cookies sont utilisés pour sécuriser votre connexion, faciliter votre navigation et permettre l’élaboration de statistiques.  Pour obtenir plus d’information sur les cookies et vous y opposer, vous pouvez consulter notre politique cookies et notre Notice Protection des Données.

Articles (4/52)
Solvabilité II : Les assureurs face aux défis de la conformité
Solvabilité II : Les assureurs face aux défis de la conformité
Retour

Solvabilité II : Les assureurs face aux défis de la conformité

29/06/2020


Marie-Laure Richard

Marie-Laure Richard

Insurance Expertise Center, Financial Institutions Coverage

BNP Paribas Corporate & Institutional Banking

Voir profil

En raison du repli des taux d’intérêts dû à l’épidémie mondiale de coronavirus, les assureurs peinent à maintenir la stabilité du ratio Solvabilité II. La directive Solvabilité II a amélioré l’adossement actif-passif et la gestion des risques au sein du secteur de l’assurance, mais la méthode de calcul employée à ces fins accroît la sensibilité des assureurs aux variations de taux d’intérêts. Notre experte Marie-Laure Richard examine ces contradictions dans le contexte de la révision réglementaire qui aura bientôt lieu.

Pour beaucoup d’assureurs, Solvabilité II a accru les difficultés qui caractérisent l’environnement actuel de taux faibles ou négatifs.

Après deux décennies de baisse progressive, les assureurs (en particulier les assureurs vie) peinent de plus en plus à proposer à leurs clients des garanties solides sur la performance de leur assurance vie ou de leur fonds de pension. S’adapter à cet environnement devient d’autant plus problématique et vital dans le cadre de la directive Solvabilité II.

Cette dernière a clairement amélioré l’adéquation de l’actif et du passif au sein du secteur, de même que les techniques de gestion des risques. Il s’agit d’un point globalement positif pour les assurés (qui voient ainsi se réduire le risque de défaut des assureurs) comme pour le secteur (le risque systémique se réduisant également). Toutefois, la méthode de calcul employée est basée sur le risque de marché, ce qui exacerbe la sensibilité des assureurs aux variations de taux d’intérêts. Elle ne reflète pas totalement la structure de leurs bilans, et rend la couverture complexe et coûteuse.

La révision de la directive Solvabilité II actuellement en cours est, pour la Commission européenne et l’AEAPP (Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles), l’occasion de modifier la réglementation de manière à faciliter véritablement le rôle des assureurs dans le financement des retraites. L’une des tâches les plus complexes et indispensables consistera, dans le cadre de cette révision, à résoudre le problème de sensibilité aux variations de taux.

L’épidémie mondiale de coronavirus a en effet accru l’importance de cette tâche. La crise liée au Covid-19 a entraîné un nouveau repli des taux en Europe, engendré des baisses historiques aux États-Unis et au Royaume-Uni, et anéanti tout espoir de remontée à brève échéance.

Tendance des rendements (YTD)

img_bp2s_solvency_1_2020-05-25.jpg 

Source : Capital IQ, 24 avril 2020

Les assureurs européens étaient mieux préparés à ce repli que leurs homologues américains, car ils avaient déjà été confrontés à une brusque baisse des taux à l’été 2019. Beaucoup d’entre eux avaient alors mis en place des couvertures. Or, préserver la solvabilité dans un environnement de baisse extrême reste un exercice complexe. Cette complexité se rappelle durement au secteur à chaque nouveau choc.

La volatilité du bilan sous la directive Solvabilité II

La valeur des fonds propres selon la directive Solvabilité II est la valeur nette de l’actif, c’est-à-dire la différence entre la valeur de l’actif et du passif des assureurs. Cependant :

  • L’actif est entièrement valorisé à la valeur de marché.
  • Le passif est valorisé à la valeur de marché à l’aide d’une courbe réglementaire basée sur des taux sans risque.

Bilan Solvabilité II

img_bp2s_solvency_2_2020-05-25.jpg

Outre l’incohérence qui consiste à utiliser une courbe sans risque pour le passif d’une part, et une courbe à risque pour l’actif d’autre part, le fait d’évaluer la totalité du bilan en valeur de marché implique que tout écart de période entre l’actif et le passif affectera le bilan et les fonds propres réglementaires en générant de la volatilité. Cet élément intensifie la sensibilité des assureurs aux variations de rendement. La nécessité de rapprocher les durées, notamment pour les assureurs vie ayant des engagements à long terme, explique la demande importante d’actifs à long terme et l’aplanissement inhérent de la courbe de taux d’intérêts. Même une couverture « basée sur le delta » (pour un mouvement parallèle de la courbe) est insuffisante,  : car les assureurs conserveront une certaine exposition aux taux d'intérêt étant donné que les taux évoluent rarement de manière parallèle.

De plus, les couvertures nécessitent une gestion dynamique sur la durée. Les contrats d’assurance vie traditionnels contiennent une clause de rachat que les assurés peuvent exercer par anticipation, ce qu’ils ne font que lorsque la hausse des taux excède le niveau de garantie du contrat. De même, lorsque les taux baissent, les assurés sont moins enclins à exercer leur option, ce qui accroit la durée du passif. Dans des pays comme l’Allemagne et les Pays-Bas où les garanties sont élevées, l’option possède peu de valeur. Lorsque le niveau de garantie est faible comme en France ou en Italie, cette option peut avoir une valeur considérable. Les assureurs devront alors réétalonner régulièrement leur adéquation par rapport aux taux d’intérêts. 

La sensibilité des ratios de Solvabilité II aux variations des taux d’intérêts

Le niveau des taux d’intérêts a également une incidence non négligeable sur le solvency capital requirement (CSR) des assureurs, qui correspond au montant total de capital dont chaque assureur et réassureur doit pouvoir disposer afin d’être autorisé à exercer ses activités.

Le CSR intègre une composante de taux d’intérêt. Pour les assureurs qui utilisent la « formule standard », cette composante est très restreinte et sous-évalue le choc qu’entraînerait une baisse de taux (plus le taux est faible, plus le choc est faible, tandis qu’avec un plancher à 0 %, le choc à la baisse est calculé comme étant nul lorsque les taux sont négatifs). Les assureurs utilisant leurs propres modèles intègrent déjà une composante de taux, et beaucoup d’entre eux ont supprimé le plancher à 0 %.

Au moment de réviser sa formule standard en 2018, l’AEAPP plébiscitait une augmentation de cette composante de taux (retrait du plancher et hausse des chocs). La Commission européenne a refusé, en raison des effets de cette mesure sur les ratios de solvabilité des assureurs. La révision 2020 actuellement en cours offre à l’AEAPP une nouvelle occasion de modifier cette composante, à condition de pouvoir définir des mesures compensant cette modification.

Outre le fait qu’il inclut une composante de taux d’intérêt, le CSR est extrêmement sensible aux variations de taux. Lorsque les taux d’intérêt baissent, le calcul des sorties de liquidités futures est actualisé à l’aide de taux inférieurs, ce qui accroît les sorties encore davantage. Cette sensibilité aux taux d’intérêt rend la couverture du risque complexe et difficile

La sensibilité des ratios Solvabilité II des compagnies d’assurance aux variations de taux

Impact sur les ratios Solvabilité II après une baisse de taux d’intérêt de 50 pb

img_bp2s_solvency_3_2020-05-25.jpg

Même si la réglementation ne l’impose pas, tous les assureurs européens publient la sensibilité de leur ratio Solvabilité II à la volatilité des marchés. En ne tenant compte que de la seule sensibilité au choc de taux d’intérêt, on peut observer que l’impact sur le ratio varie significativement entre les assureurs.  Même après application du choc, tous les ratios du graphique ci-dessus restent supérieurs à 160 %

Le dilemme de la couverture

Solvabilité II a permis d’accroître la transparence des assureurs en matière de sensibilité au marché, et les a encouragés à prendre des mesures pour y parvenir. Cependant, la réglementation tend également à « dépasser » et à compliquer à l’excès le problème de la sensibilité aux variations de taux.

Solvabilité II se fonde sur le présupposé que tout écart de durée futur doit être couvert jusqu’à un certain point. Il est donc recommandé de disposer d’un capital permettant d’anticiper les besoins de réinvestissement.

De plus, dans les pays où les assureurs sont devenus des acteurs indispensables du système de retraite, les régulateurs et le grand public estiment que les assureurs se doivent de garantir aux assurés qu’ils bénéficieront d’une retraite décente le moment venu. Les principes de gestion des risques exigent des assureurs qu’ils n’offrent cette garantie que s’ils sont entièrement certains d’y pourvoir, et les incitent donc à adosser leurs engagements à des actifs à maturité longue.

Or, le modèle de Solvabilité II est si complexe que :

  1. certaines parties de l’exposition aux taux d’intérêt sont « non économiques », c’est-à-dire que les assureurs disposant de réserves financières conséquentes n’ont pas l’obligation de couvrir ce risque ;
  2. la couverture du risque s’avère complexe et coûteuse.

Par exemple, la marge de risque est une provision technique supplémentaire liée à la durée de vie résiduelle des contrats existants, visant à couvrir les risques d’assurance vie. Elle correspond à la somme des CSR calculés à différentes dates jusqu’à maturité du dernier contrat, actualisés à leur valeur présente, ce qui rend la réserve extrêmement sensible aux variations des taux d’intérêt. Dans la mesure où cette provision est purement réglementaire, beaucoup d’assureurs choisissent de ne pas la couvrir.

L’UFR, ou Ultimate Forward Rate, crée une inadéquation similaire en termes de sensibilité aux taux d’intérêt résultant des mesures réglementaires. Dans le cadre de Solvabilité II, la « meilleure estimation du passif » est égale aux projections d’entrées et de sorties de liquidités dues aux contrats d’assurance existants. Les flux sont actualisés au moyen d’une courbe réglementaire fournie par l’AEAPP. La courbe est élaborée en employant (i) les paramètres de marché sur une durée de 20 ans (EUR) et (ii) une interpolation simple entre le dernier point du marché (20 ans) et un point ultime fixé à 60 ans, établi de manière fixe et calculé à l’aide des taux historiques sur le long terme. Lorsque le marché fluctue, la partie « liquide » de la courbe fluctue elle aussi (jusqu’à 20 ans), tandis que l’autre partie (20 à 60 ans) varie beaucoup moins. Pour les assureurs dont l’exposition est inférieure à 20 ans, il est difficile d’adosser la durée de l’actif et du passif à l’aide d’instruments financiers comme les swaps. En effet, les variations de la valeur du passif se dissocient des variations du marché et des instruments de couverture.

Courbe réglementaire[1] vs. Courbe de la zone Euro[2]

img_bp2s_solvency_4_2020-05-25.jpg

Source: CapitalIQ, 24 April 2020 and EIOPA risk-free rate disclosure, 31 March 2020

Une opportunité de révision 

Il est difficile pour les assureurs de maintenir les ratios Solvabilité II sur la durée, puisque le numérateur (fonds propres) comme le dénominateur (CSR) du ratio sont extrêmement sensibles aux paramètres du marché, notamment aux taux d’intérêt. Dans le contexte actuel de taux très faibles, la sensibilité du ratio est devenue impossible à gérer pour certains assureurs, ce qui a par exemple poussé le régulateur français à leur permettre d’intégrer la participation aux bénéfices des souscripteurs dans leurs fonds propres (plutôt que dans la meilleure estimation du passif).

Reste à savoir si la récente baisse des taux consécutive à la crise du coronavirus incitera l’AEAPP à revoir sa position[3] sur la révision du module de taux d’intérêt du CSR. Quoi qu’il en soit, dans le cadre de la révision 2020 de Solvabilité II (repoussée à 2021 en raison du contexte actuel), le régulateur s’engagera avec les parties prenantes à affiner le régime en vigueur pour qu’il puisse refléter avec justesse les fluctuations du marché. De toute évidence, l’un des points essentiels de ce processus de révision reviendra à définir le bon équilibre entre un ratio qui reflète précisément le niveau de risque des assureurs et la prise en compte du fait qu’une grande partie de leurs passifs est à maturité longue et « problématique ». Cette caractéristique empêche de comparer l’évolution du passif à celle du marché (comme c’est le cas actuellement).

Si cet équilibre n’était pas atteint, la capacité des assureurs à contribuer à résoudre le problème de financement des retraites au niveau européen, comme les régulateurs le souhaiteraient, s’en trouverait gravement affectée.

Nos produits

BNP Paribas Securities Services a mis au point toute une gamme de solutions d’analyse et de reporting des risques et des performances pour nos clients du secteur de l’assurance :

  • Un service de recherche dédié à Solvabilité II fournissant des mesures du solvency capital requirement (CSR) et des services de veille et de reporting, pensés pour réduire les réserves de capital requises.
  • Un outil d’évaluation des investissements durables (ESG Risk Analytics), conçu pour aider nos clients à mieux comprendre et gérer les risques ESG de leurs portefeuilles d’investissements.
  • Un outil de consolidation de portefeuille fournissant une vue d’ensemble entièrement consolidée et transparente de la santé financière de tous leurs investissements.

BNP Paribas Securities Services est un conservateur multi-actifs fournissant des services titres. Son expertise locale couvre 35 marchés, et il est présent sur plus de 90 marchés à travers le monde. Ce vaste réseau nous permet de fournir à nos clients institutionnels le lien et les connaissances localisés dont ils ont besoin pour faire face aux changements qui interviennent dans un monde en pleine mutation. Au 31 décembre 2019, BNP Paribas Securities Services possédait 11 825 milliards de dollars d’actifs en conservation, 2 817 milliards d’actifs sous gestion et 10 484 fonds gérés. Nous proposons des solutions multi-actifs globales intégrant les services de middle et back office. Parmi nos clients figurent 10 des plus importants groupes d’assurance européens.

[1] publiée par l’AEAPP

[2] sur la base des bunds allemands

[3] repoussée de juin 2020 à décembre 2020

Suivez-nous