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Une bonne raison de ne pas acheter un jetcar
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Une bonne raison de ne pas acheter un jetcar

10/03/2016

Dan Barnes

Dan Barnes

The DESK: Fixed income trading for institutional investors

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La « blockchain » est la voiture volante de la finance – et elle est enfin arrivée. Mais avant de pouvoir s'installer derrière son volant, encore faut-il savoir comment réglementer son utilisation

En 1969, un programme télévisé britannique intitulé « Tomorrow’s World » avait mis en scène un système bancaire piloté par ordinateur qui procédait aux paiements entre les banques et les boutiques via le réseau téléphonique. Décrit comme « l'équivalent électronique de plusieurs milliers de techniciens comptables », le programme relevait que 6 millions GBP de paiements étaient « rejetés » chaque année du fait de chèques produits à partir de comptes insuffisamment approvisionnés.

« [Le système électronique] est à l'épreuve des rejets », affirmait le reporter Derek Cooper. « Il ne fonctionne tout simplement pas en l'absence de liquidités ou d'un crédit à la banque. »

47 ans plus tard, la réalité n'a pas encore rejoint la fiction. Le système, du moins dans le cas du Royaume-Uni, repose toujours sur un traitement par lots de nuit ; faire du traitement en temps réel est encore une fonctionnalité de l’avenir.

Mais s'il vous venait l'envie de développer certaines des autres inventions présentées dans Tomorrow’s World – comme une voiture volante – il vous faudrait développer en parallèle des infrastructures sur lesquelles vous appuyer. En plus des aspects opérationnels (où faire le plein ?) se pose la question de la réglementation des vols en voiture : où s'appliquerait-elle et de quelle façon ? et comment procèderaient les autorités pour vous surveiller ?

Cette question est toute aussi pertinente pour la prochaine grande nouveauté du monde de la finance – la « blockchain ». Comparable à un grand livre décentralisé, au fonctionnement similaire à celui du système informatique décrit par Tomorrow’s World, la blockchain pourrait permettre aux banques de faire des règlements instantanés, supprimant dès lors le problème des paiements « rejetés » – et par la même occasion la nécessité de procéder à des rapprochements.

Si ce système est lancé, quels ajustements deviendront nécessaires pour le reste de l'infrastructure financière ? De toute évidence, tout comme pour le réseau de paiement existant, les plateformes bancaires et comptables internes devront être en mesure d'enregistrer les transactions en temps réel, ou du moins aussi proche du temps réel que les transactions passées par le grand livre décentralisé.

Si ce système est étendu au monde des valeurs mobilières, comme BNP Paribas et 41 autres banques sont en train de le réaliser grâce à R3CEV*,  alors se pose la question – comment sera-t-il réglementé ? Certaines blockchains sont construites aux fins des transactions entre les banques commerciales. D'autres, telles que celle développée par Setl, ont été conçues pour relier des banques centrales à des banques commerciales.

Le plus grand avantage de la blockchain réside dans son fonctionnement permanent. Dans la mesure où aucune erreur ni aucun désaccord ne peut s'opposer au règlement-livraison – puisque les erreurs et les désaccords sont résolus au point d'exécution – ce système peut fonctionner 24 h sur 24, 7 jours  sur 7, en temps réel.

Toutefois, si cela se produit, alors une règlementation à temps plein et en temps réel sera elle aussi nécessaire.

Le grand livre décentralisé fournit des renseignements entièrement contrôlés sur chaque transaction, ce qui pourrait représenter une ressource inestimable pour  les autorités règlementaires. Elles pourraient être alertées lorsqu'une transaction est tentée puis rejetée. En outre, un régulateur pourrait tenir un registre détaillant les sociétés dont les performances sont plus efficaces et permanentes au sein d'une blockchain donnée. Il pourrait ainsi demander à une banque d'améliorer le taux des paiements échoués et de commencer à suivre le risque opérationnel. Grâce à la blockchain, un régulateur peut identifier avec efficacité une banque qui commence à connaître des problèmes et prendre les mesures nécessaires pour la soutenir – par exemple en injectant des liquidités d'urgence.

Les effets sont comparables avec ce qui se passe actuellement dans le secteur de l'assurance, où la fréquence des données relatives à l'activité des clients permet aux sociétés de passer de la « protection » à la « prévention » : la technologie permet de surveiller les risques au sein même d'un logement, et d'en alerter ses occupants avant un départ de feu ou avant qu'un dégât des eaux ne devienne grave.

Cela nous ramène toutefois à la voiture volante et à « Tomorrow’s World » : il y a, en effet, des changements structurels à faire si nous continuons à  concevoir et à déployer des grands livres décentralisés pour les systèmes de paiement et de négociation. Le développement de la blockchain doit se faire de manière intégrée : tous les intervenants de marché, les régulateurs et les autres parties prenantes devront être partants et impliqués afin de s'assurer que le futur soit également réparti, et que la « blockchain » puisse atterrir en douceur.

 

 

*Une firme qui met en place un consortium de sociétés de financement afin de standardiser un mécanisme interbancaire

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