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Quatre étapes pour modéliser le risque climatique
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Quatre étapes pour modéliser le risque climatique

12/09/2017

Amine Bel Hadj Soulami

Amine Bel Hadj Soulami

BNP Paribas

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La modélisation de scénarios climatiques a désormais dépassé la simple gestion des risques pour devenir un véritable impératif stratégique

Le changement climatique représente, pour les investisseurs, l'un des défis les plus importants à long terme. Si un jour la demande mondiale en pétrole brut diminue tandis que d'autres technologies énergétiques plus propres progressent, comment pourra-t-on estimer la valeur d'un lot pétrolier, par exemple ?
De même, comment un investisseur pourra-t-il estimer la valeur de ces nouveaux actifs technologiques ? Ces questions illustrent les risques et les opportunités qui résultent du changement climatique. Elles expliquent également pourquoi la modélisation de scénario climatique a désormais dépassé la simple gestion des risques pour devenir un véritable impératif stratégique.

Pour naviguer dans cet environnement en constante évolution, les investisseurs doivent trouver un moyen d'évaluer les effets disruptifs et opportunistes du changement climatique, y compris son incidence sur les entreprises et la finance. La FInal Taskforce on Climate-Related Financial Disclosures (TCFD), de juin 2017, souligne clairement la question. Elle donne quatre recommandations clés qui représentent les principaux éléments du fonctionnement des organisations : la gouvernance, la stratégie, la gestion des risques et les mesures et objectifs. Nous pensons cependant que la stratégie est l'élément le plus important. C'est grâce à elle que les investisseurs peuvent utiliser l'analyse de scénario pour évaluer et réajuster leurs portefeuilles en tenant compte du changement climatique.

Les investisseurs peuvent considérer l'analyse de scénario comme un processus en quatre étapes : présenter les différents moyens d’analyser les scénarios, catégoriser les risques et opportunités dans le cadre défini, modéliser les facteurs analytiques et finalement gérer les implications pour le portefeuille et la stratégie d'investissement.

Mise en place de scénarios

La première étape consiste à mettre en place les scénarios de risque de transition et de risque physique, même si une grande partie du travail a déjà été effectuée. Le risque de transition représente des changements technologiques et de marchés, de réputation et de politique/juridique. Le risque physique se compose des changements climatiques chroniques qui ont un effet sur les sociétés dans lesquelles les investisseurs affectent du capital. Des scénarios modélisant une augmentation de 1,5 à 6 °C des températures mondiales sont déjà accessibles au public. Il est cependant important que les investisseurs qui envisagent les scénarios possibles mettent ces scénarios de risque de transition et de risque physique en relation avec leurs analyses et comprennent fondamentalement comment ces deux types de risques s'influencent mutuellement.

Catégorisation des risques et des opportunités

Le cadre de la TCFD proposera pour la première fois une approche multidimensionnelle de l'évaluation. Les changements de marché et de technologie se manifestent avant tout sous forme de demande réduite en produits et matières premières à forte teneur en carbone, d'une augmentation de la demande en produits et services à faible émission de carbone et consommant moins d'énergie et de nouvelles technologies qui perturbent les marchés. De plus, les risques de réputation, politiques et juridiques peuvent également avoir une incidence sur les portefeuilles des investisseurs. Enfin, le risque physique est tout aussi important que le risque de transition, puisque le changement climatique peut augmenter l'interruption des activités, affecter les opérations/chaînes d'approvisionnement et, par conséquent, avoir un impact sur les bénéfices et la valorisation des actifs. Les investisseurs doivent se rendre compte que le changement climatique n'est pas seulement un risque mais aussi une opportunité, car la progression vers une économie plus verte donnera un avantage compétitif à certaines sociétés et secteurs d’activité.

Modélisation des choix analytiques

Il est important d'encourager les révélations liées au climat en donnant aux investisseurs une boîte à outils leur permettant de modéliser des analyses de scénarios. Le rapport d'analyse de scénario de la TCFD met en avant trois considérations majeures : les paramètres, les hypothèses et les choix analytiques. Les paramètres comprennent les composantes de modélisation existantes utilisées par les investisseurs. Cependant la mise en place de paramètres supplémentaires est cruciale.

Les investisseurs doivent inclure des variables macroéconomiques et démographiques, qui seraient toutes affectées par le changement climatique. Les hypothèses que les investisseurs doivent prendre en compte sont également abordées, comme la mise en œuvre de la politique future, les développements technologiques, le bouquet énergétique, ainsi que le prix et les inputs des matières premières. La transparence est nécessaire aux investisseurs, y compris la présentation de leur avenir, de même que les données et modèles justificatifs. Traditionnellement, les investisseurs intègrent certaines de ces considérations. Le rapport de la TCFD va cependant plus loin qu'auparavant en proposant un ensemble complet de considérations intégrant les risques et les opportunités liés au changement climatique dans une approche détaillée et méthodique. Les investisseurs peuvent démontrer que l'analyse de scénario est un impératif stratégique fondamental, plutôt qu'un outil de gestion des risques laborieux et complexe.

Gestion des implications et de la stratégie

Pour les investisseurs, l'objectif principal de l'analyse de scénario liée au climat est de protéger leurs portefeuilles contre les risques de changement climatique, tout en augmentant les avantages financiers d'une transition vers un environnement à faible taux de carbone. Cela va au-delà d'une simple empreinte carbone. Il s'agit de cumuler les impacts au niveau du portefeuille.

Cinq stratégies sont en mesure d'atténuer les implications négatives et de tirer parti d'occasions potentielles : les obligations vertes et les fonds thématiques/indices, la sélection négative ou « best-in-class », l'allocation stratégique d'actifs, le rebalancing et l'optimisation du portefeuille, et surtout l'engagement.

Ces dernières années, la finance verte a connu une croissance considérable. L'émission cumulée sur le marché des obligations vertes a été multipliée par 15 depuis 2012, avec plus de 200 milliards de dollars d'obligations vertes émises à ce jour. L'augmentation des obligations vertes liées à des fonds éthiques est une innovation dans le marché, et BNP Paribas a joué un rôle actif dans de telles émissions pour des institutions supranationales, comme la Banque Européenne d’Investissement (BEI) et la Banque mondiale. À mesure que le marché des obligations vertes et des indices  durables viendront à échéance, les investisseurs seront en mesure de mieux gérer leurs portefeuilles afin de réaffecter le capital qui pourrait éventuellement tirer parti de la transition énergétique.

La sélection négative ou « best-in-class » permet aux investisseurs de rééquilibrer les risques et opportunités liés au changement climatique, en supprimant d'abord les entreprises ou secteurs ayant un impact négatif sur l'environnement, puis en sélectionnant les meilleurs acteurs d'un secteur au regard des critères ESG. L'allocation stratégique d'actifs constitue une autre manière de gérer les portefeuilles car les investisseurs pèsent sur les secteurs qui tirent parti de la transition énergétique, comme les énergies renouvelables.

Lorsqu'ils gèrent les risques et opportunités climatiques, les investisseurs doivent envisager une stratégie de rebalancing afin d'optimiser leurs portefeuilles. Par exemple, BNP Paribas Securities Services a effectué une modélisation qui montre comment une stratégie d'optimisation de portefeuille à faible émission de carbone pouvait suivre l'indice MSCI ACWI à environ 100 bps, tout en réduisant les émissions de CO2 de 64,7 %. Dans ce cas, sur une période de trois ans, le portefeuille optimisé a réalisé des performances supérieures à l'indice de 1,3 %.

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Il est essentiel que les investisseurs s'engagent auprès des entreprises pour favoriser un alignement des stratégies d'entreprise vers une économie à faible émission de carbone, ce qui peut être réalisé grâce à des partenariats, par le biais de fournisseurs d'analyses qui créent un dialogue entre les investisseurs et les entreprises. C'est ce qu'a récemment fait BNP Paribas avec l'indice Europe Climate Care. La sélection est certifiée chaque trimestre par VigeoEiris, qui envoie des lettres d'engagement à certaines entreprises présentes dans l'indice  pour évaluer leur stratégie de transition énergétique.

Pour les investisseurs, la gestion du risque climatique peut sembler abstraite. Mais en prenant en compte les recommandations de la TCFD, l'analyse de scénario peut devenir une extension de la révaluation existante et de la modélisation des risques, en mettant en place des paramètres, des hypothèses et des choix analytiques supplémentaires dans le processus. En conséquence, les risques et les opportunités liés au changement climatique peuvent être évalués et les investisseurs peuvent gérer leurs portefeuilles en conséquence.

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